Combat d'Ouessant de Guichen
Le défilé à contre bord de l'engagement amène le centre anglais au niveau de la Ville de Paris, trois ponts de 90.
Ce navire, au gabarit aplati des les fonds, dérive terriblement. Pour dire le vrai, il avance à la manière des crabes, presque autant par le travers que par l'avant, si bien que chacun s'étonne de le voir tenir son poste dans la ligne.
Mais comme la France, pauvre en vaisseaux, doit les employer tous, on a choisi, pour commander le sabot en question, un des rares marins capable de s'en faire obéir. c'est Guichen, l'ancien capitaine de la Sirène, aujourd'hui chef d'escadre et commandant de la 2ème division de la blanche. Paynier, son chef de pavillon, est à son choix et c'est tout dire.
Le Ville de Paris a dérivé si près de la ligne anglaise que le Foudroyant de 80 a le toupet de passer au vent à elle. Rien d'étonnant, car le trois ponts anglais est mené par Sir John Jervis, futur Lord Saint-Vincent, futur amiral de la Flotte et premier Lord de l'Amirauté. La Ville de Paris est coincée entre le Foudroyant qui la canonne par tribord et le Victory qui, par bâbord, lui envoie ses pesantes bordées. Placé entre deux adversaires dignes de sa valeur, Guichen riposte avec une telle furie que le Foudroyant, coque fracassée, compte bientôt vingt-huit morts et soixante-cinq blessés. Trois des sabords de sa batterie basse sont unis en une seule brèche, taillée dans son flanc par les boulets français. Il est sur le point de succomber lorsque le Courageux de 74, un des meilleurs vaisseaux du centre anglais, le sauve en s'interposant entre lui et la Ville de Paris. Le Victory, lui, n'en peut plus. Finalement ces acharnés se séparent, chacun suivant sa ligne. La Ville de Paris, flottaison percée, pompes en action et ses trois mâts avariés, compte quatre-vingt-quatorze hommes hors de combat, dont vingt-six tués.

Paul Chack.
Au large d'ouessant.
Les Editions de France
collection Marins à la bataille
Paris 1939.